Avertir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

XII e siècle, soi , « s'apercevoir, se rendre compte de ». Du latin populaire * advertire, issu du latin classique advertere, « tourner vers ». Informer, prévenir. On m'a averti de son arrivée prochaine. Avertir quelqu'un d'un accident, l'en informer. Avertir d'un danger, d'une menace. Je l'ai averti de tout, mis au fait de tout. On l'avertit qu'il se tramait quelque chose contre lui. Des visiteurs sont arrivés sans nous ou, absolt., sans , à l'improviste. Je l'ai averti à temps. Pourquoi ne pas m'avoir averti avant que je ne tombe dans ce piège ? pourquoi ne pas m'avoir mis en garde ? Avec une nuance de menace. Je vous avertis qu'il faudra changer de conduite. Je vous avertis, je vous en avertis : cela ne se produira plus. Spécialt. Avertir quelqu'un de, suivi d'un infinitif, l'informer de ce qu'il doit ou devrait faire. Une lettre l'avertit de se présenter au commissariat. Avertissez-le d'éviter la route du bord de mer. Avertir un élève, un fonctionnaire, lui adresser un avertissement. En parlant d'un automobiliste. Prévenir de sa présence ou de son approche en faisant fonctionner l'avertisseur du véhicule. N'avertissez qu'en cas de danger.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Informer quelqu'un de quelque chose. "Je vous avertis qu'un tel est arrivé. Je l'ai averti de tout. Je l'ai averti à temps. Avertir du danger. Avertir d'un accident. Avertir par une lettre, par un cri, par un signal, par un geste, etc."
"Être bien averti," Être bien informé de tout ce qui se passe, ou se tenir sur ses gardes, lorsqu'on est menacé.
Fam., "Tenez-vous pour averti," se dit, par menace, lorsqu'on veut faire entendre à une personne qu'on l'avertit une fois pour toutes de ce qui lui arrivera si elle fait ou ne fait pas certaine chose.
Prov., "Un bon averti en vaut deux," Lorsqu'on a été prévenu de ce qu'on doit craindre ou de ce qu'on doit faire, on est, pour ainsi dire, doublement en état de prendre ses précautions ou ses mesures. Il se dit aussi par forme de menace et signifie Prenez-y garde; si vous ne tenez compte de l'avertissement que je vous donne, vous vous en repentirez.
En termes de Manège, "Avertir un cheval," L'exciter au moyen de quelques aides lorsqu'il se néglige dans son exercice.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Faire savoir en appelant l'attention. Avertir quelqu'un de quelque chose. Nous avons été bien avertis de nous tenir sur nos gardes. Avertis-moi de ce qui t'arrivera. Les chiens avertissent de l'approche des voleurs.
RAC.: « Qu'est-ce qu'on vous écrit ? Daignez m'en »
RAC.: « Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater, Et n'avertissez point la cour de vous quitter »
TH. CORN.: « C'est pour vous de ce qu'il vous faut craindre Qu'à ce triste entretien j'ai voulu me contraindre »
MOL.: « On m'avertit qu'il fait tous ses efforts pour lui parler »
MOL.: « Le moyen de connaître où est le plus beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne nous avertit par là qu'il faut faire le brouhaha »
    Absolument.
BOSSUET: « Quoique, sans menacer et sans , la mort se fasse sentir tout entière dès le premier coup »

 2   Terme de manége. Avertir un cheval, l'exciter au moyen de quelques aides lorsqu'il se néglige.

REMARQUE
    1. Avertir régit la préposition de devant un infinitif : avertissez-le de venir. Avec que il veut l'indicatif si la chose dont il s'agit est donnée comme certaine ou positive : avertissez-le qu'il sera mal reçu. Si au contraire emporte avec lui le sens d'un désir, d'un ordre, etc. on met le subjonctif : je l'avertis que son travail soit prêt demain.
    2. Racine, Baj. II, 3, a supprimé l's à la première personne du présent : Vizir, songez à vous, je vous en averti ; Et sans compter sur moi prenez votre parti. C'est non une licence, mais un archaïsme que l'usage poétique autorise d'ailleurs à la première personne.

SYNONYME
    AVERTIR, DONNER AVIS, INFORMER. On peut manifester la nuance par les substantifs. L'avertissement est un appel à l'attention sur quelque chose ; l'avis et l'information n'impliquent rien de pareil, et expriment seulement qu'on a fait savoir une chose à quelqu'un. L'avertissement peut être donné par des choses ; l'avis et l'information n'émanent que des personnes. Je vous informe de cela, c'est simplement faire savoir ; je vous donne avis de cela, c'est faire savoir avec la croyance que la personne prendra intérêt à ce qu'on lui dit ; je vous avertis, c'est faire savoir en donnant à la personne un avertissement.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
BENOÎT: « E quant il se fu averti, E la dolor li fu passée Qu'il out sofferte e endurée, Sout [il sut] que ce li fu avenu Pur ceo qu'il aveit contendu La charité as dous ermites »
    XIIIème siècle
     Berte, LXXI: Son songe [elle] dist au roi, a bien lui averti
    XVème siècle
COMM.: « Et adverti qu'il fut par ceux qui faisoient le logis du roy, que ledit seigneur ne vouloit que passer »
    XVIème siècle
MAROT: « Amy lecteur, sois adverty Qu'au latin n'a rien davantage Que ce qui est icy verty Par Marot en nostre langage »
AMYOT: « Cineas, estant adverty de sa venue, luy alla au devant avec ses gens »
AMYOT: « Estant adverty que le consul de Rome, Levinus, s'en venoit contre luy, avec une grosse et puissante armée »
AMYOT: « Cest inconvenient advertit Pyrrhus de se garder mieulx à l'advenir »
AMYOT: « Plusieurs avoient secrette intelligence avec Nicias, et l'advertissoient qu'il devoit demourer »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. ; espagn. et portug. advertir ; ital. avvertire ; de advertere, mot à mot, tourner vers, et par suite , de ad, à, et de vertere, tourner (voy. VERSION). Avertir suppose un changement de conjugaison, advertire pour advertere, changement qui du reste s'est opéré dans les autres composés : convertir, divertir, etc.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE AVERTIR. Ajoutez :

 3   v. réfl. S'avertir, se donner à soi-même un avertissement, un conseil.
BALZAC: « N'ayez pas peur que je m'émancipe davantage ; il ne me faut qu'un demi-mot d'avertissement ; et je ne sais pourquoi je ne me suis averti moi-même »
J. J. ROUSS.: « Je m'avertissais de me tenir en garde contre une première impression, si puissante toujours sur moi »


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Donner avis; instruire, informer quelqu'un de quelque chose. "Je vous avertis qu'un tel est arrivé. Je l'ai averti de tout. Je l'ai averti à temps. Il faut les parents. Avertir du danger. Avertir d'un accident. Avertir du feu. Avertir par une lettre, par un cri, par un signal, par un geste, etc."
Prov. et fig., "Avertir quelqu'un de son salut," Lui donner un avis très-important.
En termes de Manége, "Avertir un cheval," L'exciter au moyen de quelques aides, lorsqu'il se néglige dans son exercice.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Donner avis, instruire, informer quelqu'un de quelque chose. "Je vous avertis qu'un tel est arrivé. Je l'ai averti de tout. Il faut les parens. Avertir du danger. Avertir d'un accident. Avertir du feu".
On dit proverbialement, "Avertir quelqu'un de son salut," pour dire, Lui donner un avis très-important.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Donner avis, instruire, informer quelqu'un de quelque chose. "Je vous avertis qu'un tel est arrivé. Je l'ai averti de tout. Il faut les parens."
On dit proverbialement, "Avertir quelqu'un de son salut," pour dire, Lui donner un avis très-important.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

Doner avis; informer de..... Il régit "de": 'Il "m'a averti", ou je "suis averti de" tout. "Avertissez-le de" l'accident qui est arrivé.
- Un Auteur très-moderne met "sur" pour "de": 'Les Sauvages ont la vûe, l'odorat, l'ouïe, tous les sens d'une finesse, d'une subtilité, qui les avertit de loin "sur" leurs dangers ou "sur" leurs besoins. "Rainal". Ce régime n'est pas aprouvé par l'usage.
- Quelquefois "avertir" ne régit que l'acusatif: Il faut " les" Parens.
- Pour les verbes, il régit "que" avec l'indicatif, quand il est question du passé, et quand il signifie simplement "informer"; et il régit "de" avec l'infinitif, quand il est question du futur, et qu'il a en quelque sorte le sens "d' ordoner". "Avertissez-le" qu'on "est venu", "qu'"on "viendra" bientôt: "Avertissez-le de venir". 'On "l' a averti de prendre garde" à lui.
   "Racine" a employé ce verbe et ce régime dans un sens très-beau, quoiqu'un peu éloigné du sens ordinaire.
   Soufrez quelques froideurs, sans les faire éclater,
   Et "n'avertissez" pas "la" Cour "de" vous "quiter".
dit Burrhus à Agripine dans "Britannicus".
   On dit proverbialement, "avertir" quelqu'un "de son salut", pour, lui doner un avis important~.




Emplacement dans le dictionnaire :

avéré
averé
averer
avérer
avers
averse
aversion
averti
avertin

avertissement
avertisseur
avette
aveu
aveuglant
aveuglé
aveugle
aveuglement
aveuglément
aveugler
aveuglette (à l')




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...l'origine, une institution extra-sociale. L'historien qui entreprend de résoudre en ses éléments l'organisation politique des romains, ne rencontre, au cours de son analyse, aucun fait qui puisse l'avertir de l'existence des corporations. Elles n'entraient pas, en qualité d'unités définies et reconnues, dans la constitution romaine. Dans aucune des assemblées électorales, dans aucune des réunions de...


Citation n°2 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...ce chapitre est écrit en guise de préface pour avertir le lecteur que l'on commence un conte libre. je sais que votre désir secret, en ouvrant un livre, est de trouver un ami qui vous parle et qui volontiers vous laisse croire qu'il ne parle qu'à vous....


Citation n°3 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...étaler la crudité au grand jour, comme un objet propre à frapper d'horreur ? Exposer la jeunesse à l'émotion de la rencontre brutale, au bord d'un chemin, à la brune, me paraît moins cruel que de l'avertir, dès sa fleur, de cette fatale destinée. Pourquoi assombrir de jeunes fronts ? Je serais plutôt portée à croire, monsieur, que nous leur devons d'innocents mensonges et qu'en leur voilant les yeux...


Citation n°4 de Paul VIDAL DE LA BLACHE (Principes de géographie humaine)

...entrent dans notre vie quotidienne, il a perdu toute forme concrète. L'homme de nos jours n'a d'yeux que pour se contempler dans l'exercice de sa puissance. Bien des choses pourtant devraient nous avertir des effets toujours actifs sur nous-mêmes de ces influences collectives. Jamais plus d'occasions n'ont été offertes d'assister à la transplantation de groupes humains dans des milieux différents. La...


Citation n°5 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...puisque tous nos instruments de mesure grandiraient en même temps que les objets mêmes qu'ils servent à mesurer. Le monde, après cette dilatation, continuerait son train sans que rien vienne nous avertir d'un événement aussi considérable. En d'autres termes, deux mondes qui seraient semblables l'un à l'autre (en entendant le mot similitude au sens du 3e livre de géométrie) seraient absolument...


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